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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 10:40
JOURNAL D’UNE NOMADE DE L’ÉCRITURE. LES PETITS PAS. JOUR 16.

« L’arbre, le chat le grand-père »

ou

« La vraie vie de Lamor »

Tous les jours, je pense à vous écrire. Comme je ne le peux pas, je vous écris dans ma tête. Vous avez ainsi, sans le savoir, accompagné la rentrée de ma fille, le ciel resplendissant puis gris de Toulouse, les chapitres 1, 2 et 3 du volume 6 des Éveilleurs, mes cogitations sur le temps qui passe et repasse, les promenades abord du canal pour calmer l’esprit en ébullition d’écriture, et la sortie d’un nouveau roman.

L’arbre, le chat, le grand-père ou « La vraie vie de Lamor » est un roman de 95 pages. Un tout petit pour un si vaste thème. Il s’agit bien de ça: comment une enfant appréhende-t-elle la mort quand elle débarque dans sa vie?

Puisqu’il s’agit d’Ambre, le personnage dyslexique de « La vraie vie de l’école » (Nathan, 2018), elle le fait avec sérieux, humour, gravité, légèreté, curiosité, tendresse. Comme je l’ai vu chez les enfants autour de moi. Comme je me souviens de l’avoir ressenti, enfant.

Mes personnages, vous l’aurez compris, m’accompagnent longtemps. Je ne croque pas un perso en deux coups de lignes, hop, hop, et on passe à autre chose. Je ne sais pas faire ainsi, même quand il s’agit d’un personnage dit « secondaire ». Pour les écrire, j’ai besoin qu’ils vivent. Pour qu’ils vivent, j’ai besoin de les vivre, passer du temps avec eux, les regarder, les écouter, les voir évoluer.

J’ai souvent parlé des personnages dans ce blog, ainsi que du temps de l’écriture (articles Écrire (9/02/2010;  Les abdiquants dansent la macarena (12/04/2010);  Ben, alors? (30/04/2010; L’envie d’écrire (14/02/2011); Comme un cannibale (13/04/2011)). Je ne les cite pas tous, si vous vous promenez sur le blog, vous les trouverez.  Avec ce « Journal des petits pas », je ne fais pas autre chose: partager avec vous le mystérieux, le fabuleux processus d’écriture qui ne cesse de m’émerveiller.

Ainsi, les personnages de La vraie vie de l’école avec lesquels j’ai vécu quelques années avant que le livre paraisse en 2018, n’en avaient pas fini avec moi. La voix d’Ambre s’imposa pour écrire ce récit. Elle voulait parler de ce qu’elle avait ressenti lorsque la foudre avait zigouillé son arbre et le sida emporté son beau chat roux. Elle avait besoin d’en parler. Les enfants ont besoin de parler la mort. Et, souvent, les adultes ne savent pas les écouter, quoi leur dire, quelles réponses apporter. Parce que nous n’avons pas de réponses à ce mystère. Seulement des questions. Je crois que les enfants peuvent comprendre que nous n’ayons pas les réponses si nous ne les laissons pas seuls avec leurs questions.

« L’arbre, le chat le grand-père », extrait.

« Voilà, on a coupé mon arbre. Mon grand-père me l’a annoncé alors qu’on rentrait de l’école, pendant qu’on ramassait des chapeaux de glands au pied des chênes. On appelle ça des chapeaux de gnomes. On fait la collection. Les jumeaux sont les plus rares.

            Moi — Pourquoi je ne savais pas qu’un arbre peut mourir ?

            Papi — Parce que tu n’avais jamais eu affaire à la mort avant. C’est ta première fois.

            Moi — Et pas la dernière, hein, c’est ça ?

            Mon grand-père a serré ma main plus fort. J’ai cueilli un gland.

            Moi — Les chênes aussi vont mourir ? Et les autres arbres du jardin ?

            Papi — Oui, un jour… Mais les arbres vivent très longtemps. Tu n’as pas besoin de penser à ça tout de suite.

            Mais je n’arrivais plus à m’arrêter.

            Moi — Mais alors, tout le monde va mourir ?

            Papi — Oui.

            J’ai réfléchi.

            Moi — Les voisins ?

            Papi — Aussi.

            J’ai essayé de penser à quelque chose d’impossible.

            Moi — Pas Arthur, quand même ?

            Grand-père a ouvert les bras. J’y suis allée.

            Moi — QUOI ? Le monde entier ? LE MONDE ENTIER VA MOURIR ?

            Ça faisait un drôle de vertige.

            Papi — Pas le monde entier en même temps, boubele. Et, avant de mourir, il y a toute la vie…

            Je l’avais presque oubliée, la vie. Le piège, quand on se concentre sur la partie inondée, c’est qu’on ne voit plus celle qui est au sec. »

Dans un prochain article, je vous donne des nouvelles de l’écriture de Les Eveilleurs !

En attendant, prenez soin de vous et restez au sec !

P.A.

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commentaires

Noemie 09/11/2020 11:58

Très chère Pauline;

J'espère arriver à t'écrire un commentaire cette fois-ci (Over blog ne veut pas d'habitude... les joie de l'informatique).

J'espère que tout se passe bien pour toi et que ce nouveau confinement (je t'écris bien loin de la date de publication de ce post mais tant pis) se passe pour le mieux?
Ton écriture m'avait manqué et de lire l'extrait de se nouveau roman me donne du baume au coeur. Même si le sujet est vaste ces quelques lignes m'ont ému. Je croise les doigts pour continuer à le lire lorsque les librairies rouvriront ;).

Je t'embrasse et t'envoie tout mon soutien!

A bientôt
Noémie

Natacha 01/11/2020 23:03

Bonsoir Pauline,

Drôle de dimanche soir. Le dernier avant le retour de la routine métro-boulot-révisions. En encore plus restreint, puisque les portes de mon université se sont refermées. Je retourne au collège demain matin, j'y suis surveillante quand je ne suis pas étudiante moi-même à l'université des grands.

Juste avant les vacances, j'ai retrouvé J., cette élève de troisième que je regarde dévorer semaine après semaine, les vendredi matins entre 10h et 11h, tous les volumes que j'ai dévoré à son âge. Elle me manque. C'est facile, elle est sage, et elle lit. Mais ils me manquent tous, M. et son sourire arrogant quand il fait des blagues, le clin d'oeil de N. lorsqu'elle passe devant moi sans enlever son foulard et se fait reprendre par la principale, l'oeil perdu du petit S. en 6ème qui a encore oublié dans quelle salle il a cours.

Drôle de rentrée, un hommage solennel, où on va leur parler de grands mots, en espérant qu'ils les touchent. Drôle de rentrée, avec un protocole sanitaire inapplicable et fragmenté, où l'on fera de notre mieux, où l'on passera plus de temps à leur demander de remonter leurs masques qu'à discuter.

Une rentrée dont j'ai hâte quand même.
Enfin, comme d'habitude quand je pense aux élèves, et aux livres, je suis repassée par ici. Parce que Maya, et Borges, et Chandra (et un peu plaise aussi quand même) font (feront) toujours partie de ma petite compilation d'enseignants.

J'espère que tout va bien par chez toi. J'espère que les jours s'écoulent doucement, et que tu ne prends pas le métro.

J'essaierai de récupérer Ambre au détour d'un coup de fil à ma libraire, pour la rajouter à ma collection de visages.

Bonne soirée, bonne semaine, bonne rentrée <3

Natacha 01/11/2020 23:05

*Blaise, pas plaise, le pauvre. J'écorche son nom. Un de ces quatres, il faudra que je trouve pourquoi mes retours à la ligne ne fonctionnent pas :/
J'espère que je reste lisible quand même.

Lucia 01/10/2020 17:48

Oh j'ai si hâte, si hâte de pouvoir retrouver Ambre, sentir sa main se glisser dans la mienne pour m'emmener faire un bout de chemin avec elle...

Je pense à toi chaque jour, chaque matin, quand j'ouvre les yeux et que j'attrape mon carnet pour écrire quelques lignes. Même si en ce moment j'ai bien du mal à écrire avec toutes mes affaires dans des cartons, j'y arriverai quand même à finir ce Voyage :)
Au plaisir de te lire dans quelques jours <3

Pauline Alphen 02/10/2020 12:18

Chère Lucialuciana :)
Tu verras, c'est un tout petit livre. Il se glisse facilement dans une poche. Il saura attendre ta lecture quand tu le pourras. Je suis si touchée de visiter tes pensées quand tu écris, le matin. Nous partageons donc ce temps des pages du matin. Bon déménagement et, surtout, aménagement, à toi !