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1 octobre 2020 4 01 /10 /octobre /2020 10:40
JOURNAL D’UNE NOMADE DE L’ÉCRITURE. LES PETITS PAS. JOUR 16.

« L’arbre, le chat le grand-père »

ou

« La vraie vie de Lamor »

Tous les jours, je pense à vous écrire. Comme je ne le peux pas, je vous écris dans ma tête. Vous avez ainsi, sans le savoir, accompagné la rentrée de ma fille, le ciel resplendissant puis gris de Toulouse, les chapitres 1, 2 et 3 du volume 6 des Éveilleurs, mes cogitations sur le temps qui passe et repasse, les promenades abord du canal pour calmer l’esprit en ébullition d’écriture, et la sortie d’un nouveau roman.

L’arbre, le chat, le grand-père ou « La vraie vie de Lamor » est un roman de 95 pages. Un tout petit pour un si vaste thème. Il s’agit bien de ça: comment une enfant appréhende-t-elle la mort quand elle débarque dans sa vie?

Puisqu’il s’agit d’Ambre, le personnage dyslexique de « La vraie vie de l’école » (Nathan, 2018), elle le fait avec sérieux, humour, gravité, légèreté, curiosité, tendresse. Comme je l’ai vu chez les enfants autour de moi. Comme je me souviens de l’avoir ressenti, enfant.

Mes personnages, vous l’aurez compris, m’accompagnent longtemps. Je ne croque pas un perso en deux coups de lignes, hop, hop, et on passe à autre chose. Je ne sais pas faire ainsi, même quand il s’agit d’un personnage dit « secondaire ». Pour les écrire, j’ai besoin qu’ils vivent. Pour qu’ils vivent, j’ai besoin de les vivre, passer du temps avec eux, les regarder, les écouter, les voir évoluer.

J’ai souvent parlé des personnages dans ce blog, ainsi que du temps de l’écriture (articles Écrire (9/02/2010;  Les abdiquants dansent la macarena (12/04/2010);  Ben, alors? (30/04/2010; L’envie d’écrire (14/02/2011); Comme un cannibale (13/04/2011)). Je ne les cite pas tous, si vous vous promenez sur le blog, vous les trouverez.  Avec ce « Journal des petits pas », je ne fais pas autre chose: partager avec vous le mystérieux, le fabuleux processus d’écriture qui ne cesse de m’émerveiller.

Ainsi, les personnages de La vraie vie de l’école avec lesquels j’ai vécu quelques années avant que le livre paraisse en 2018, n’en avaient pas fini avec moi. La voix d’Ambre s’imposa pour écrire ce récit. Elle voulait parler de ce qu’elle avait ressenti lorsque la foudre avait zigouillé son arbre et le sida emporté son beau chat roux. Elle avait besoin d’en parler. Les enfants ont besoin de parler la mort. Et, souvent, les adultes ne savent pas les écouter, quoi leur dire, quelles réponses apporter. Parce que nous n’avons pas de réponses à ce mystère. Seulement des questions. Je crois que les enfants peuvent comprendre que nous n’ayons pas les réponses si nous ne les laissons pas seuls avec leurs questions.

« L’arbre, le chat le grand-père », extrait.

« Voilà, on a coupé mon arbre. Mon grand-père me l’a annoncé alors qu’on rentrait de l’école, pendant qu’on ramassait des chapeaux de glands au pied des chênes. On appelle ça des chapeaux de gnomes. On fait la collection. Les jumeaux sont les plus rares.

            Moi — Pourquoi je ne savais pas qu’un arbre peut mourir ?

            Papi — Parce que tu n’avais jamais eu affaire à la mort avant. C’est ta première fois.

            Moi — Et pas la dernière, hein, c’est ça ?

            Mon grand-père a serré ma main plus fort. J’ai cueilli un gland.

            Moi — Les chênes aussi vont mourir ? Et les autres arbres du jardin ?

            Papi — Oui, un jour… Mais les arbres vivent très longtemps. Tu n’as pas besoin de penser à ça tout de suite.

            Mais je n’arrivais plus à m’arrêter.

            Moi — Mais alors, tout le monde va mourir ?

            Papi — Oui.

            J’ai réfléchi.

            Moi — Les voisins ?

            Papi — Aussi.

            J’ai essayé de penser à quelque chose d’impossible.

            Moi — Pas Arthur, quand même ?

            Grand-père a ouvert les bras. J’y suis allée.

            Moi — QUOI ? Le monde entier ? LE MONDE ENTIER VA MOURIR ?

            Ça faisait un drôle de vertige.

            Papi — Pas le monde entier en même temps, boubele. Et, avant de mourir, il y a toute la vie…

            Je l’avais presque oubliée, la vie. Le piège, quand on se concentre sur la partie inondée, c’est qu’on ne voit plus celle qui est au sec. »

Dans un prochain article, je vous donne des nouvelles de l’écriture de Les Eveilleurs !

En attendant, prenez soin de vous et restez au sec !

P.A.

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 20:26
JOURNAL D’UNE NOMADE DE L’ÉCRITURE. LES PETITS PAS. JOUR 15.

31 AOÛT 2020

Lectrices, Lecteurs…

C’est le début de la semaine, la fin du mois. Je m’assieds à mon clavier, après avoir fait mes pages du matin, avant de commencer à travailler, dans l’idée de vous écrire un mot pour bien commencer cette semaine. Alors même que je ne sais pas encore de quoi je vais vous parler, les mots s’inscrivent : début… fin…

 

Le temps… Quand j’étais jeune étudiante en Histoire, je voulais faire une thèse sur le temps, les représentations du temps, la symbolique du temps, la poétique du temps. Linéaire, circulaire, quantique…

 

La seule question n’est-elle pas: que faire du temps qui nous est imparti ? 

 

Tiens, je viens de taper sans le vouloir le symbole de l’éternité sur mon clavier : Jolie synchronicité !

 

Le temps est un élément essentiel dans le processus d’écriture. En particulier, pour Les Eveilleurs. D’aucuns pensent que je mets « longtemps » à écrire cette saga. Ou même que j’écris lentement. Il n’en est rien. En réalité, ce récit porte en lui une temporalité propre que je découvre au fil du travail.

 

Les Eveilleurs ont déferlé sur moi, en moi, un jour de pluie à Paris, en 2000, alors que je courais derrière un bus. Ils ne m’ont pas lâchée depuis. Pas un jour ne s’est passé, même au milieu des tempêtes, sans que je pense à ce récit, aux personnages, que je ne l’écrive d’une façon ou d’une autre. 

 

En 2006, j’ai commencé à y travailler à temps plein. En 2009, est paru le 1er tome,« Salicande ». En 2010, le 2ème tome, « Ailleurs ». En 2012, le 3ème tome « L’Alliance ». En 2013, le 4ème tome, « Le Passage ». 

 

Dans ce même laps de temps, sont parus des romans plus courts: « Gabriel et Gabriel »; « L’Arbre à l’envers », et « L’Odalisque et l’Éléphant » en 2014. 

 

Ainsi, 7 livres sont parus en 6 ans. Mais ils n’ont pas été écrits en 6 ans. Le rythme des parutions n’est pas celui de l’écriture. Qui n’est pas celui de la lecture.

 

L’écriture ne se résume pas au temps que l’on passe à bâtir une intrigue, à former des phrases, à forger des chapitres… Le temps de maturation des idées, la métamorphose des idées en mots, l’alchimie entre les personnages, la construction des lieux, comporte une part essentielle de travail inconscient, de préparation émotionnelle, de rêveries, de rêves… Autant d’éléments non quantifiables.

 

Aujourd'hui, pour Les Eveilleurs, j'ai conscience d'avoir imposé à mon éditeur et à mes lecteurs un temps particulier, celui de ce récit particulier. Ce n’était pas une volonté de ma part, un plan, une stratégie ou que sais-je. C’est simplement ainsi que le récit s’est présenté à moi et s’est développé. 

 

Oui, j'écris l'histoire, j'en écris chaque mot, je réfléchis à chaque virgule, je déroule chaque action, j’écoute chaque dialogue, je vois chaque paysage, je suis chaque personnage. Oui je peux faire naître ou gommer un personnage d'un trait de plume. Non, je ne possède pas le contrôle absolu de mon processus d'écriture. Je ne le soumets pas. Il ne me soumet pas. Je ne le plie pas aux aléas commerciaux, éditoriaux. Je ne le fais pas chanter selon l’air du temps mais selon la musique que tissent les personnages.  

 

Nous travaillons ensemble, dans un respect mutuel, fait d’émerveillement, de surprises, de jubilations. Un processus organique d’inspiration et de transpiration, d’enthousiasme et de découragement, de foi et de doute. Une relation à la fois magique et naturelle qui ne va pas sans heurts et certainement pas sans un travail acharné. 

 

Le temps du processus créatif est singulier, particulier à chaque auteur et à chaque récit. Il est à la fois linéaire et circulaire, poétique et symbolique. Quantique ! 

 

Il m'arrive d'écrire des scènes, des dialogues, des descriptions qui ne trouveront leur place dans le récit que des mois et, parfois, des années après. 

 

J'ai, ainsi, écrit des pans des derniers volumes des EVEILLEURS en rédigeant les tomes précédents. J’ai repris, ces derniers mois, des audios enregistrés en 2013 pour la fin des Eveilleurs. Je sais toujours quand il s'agit d'étapes qui viendront "après », même si je ne sais pas exactement quand cet « après » prendra sa place dans le fil du récit. Je le sens, c'est tout.  Il est très rare que ces textes "prescients" ne trouvent pas leur place, le moment venu. 

 

Le tome 5 des Eveilleurs aurait dû paraître en 2016. Mais sont arrivées les tempêtes qui n’en font qu’à leur tête. Je ne contrôle pas le temps. Je ne peux que décider de ce que je veux faire de celui qui m’est imparti. La réponse est inscrite en moi depuis l’âge de 10 ans. Je veux écrire.  

 

 Je continuerai à écrire cette histoire jusqu’à ce que les personnages ne murmurent plus à mon oreille sous la douche, jusqu’à ce que les Vifs ne dansent plus dans mes rêves,  jusqu’à ce que les paysages ne se superposent plus à celui que je vois par la fenêtre, jusqu’à ce que je n’aie plus mal au ventre, les jours où je n’écris pas Les Eveilleurs.

 

Les récits ont besoin de pauses, de respirations, de silences, d’enthousiasme, de rêves, de désir, de foi. Les récits, ainsi que les hommes, ont besoin de temps.

 

Que le temps vous dure longtemps ! 

 

P.S. Vous avez recommencé à revenir sur ce blog et à m’écrire. Merci merci merci…

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 13:28

 

Lectrices, Lecteurs, 

 

Je viens de passer deux jours en tête à tête avec vous.

 

Je me suis replongée hier, dans ce blog, commencé le 31 janvier 2010. Plus de 3 000 échanges s’en sont suivis.

 

Je viens de passer deux jours à tous les relire.

 

Une vague de sentiments… D’abord, un immense bonheur à vous retrouver. Retrouver vos prénoms, votre façon d’écrire. Retrouver cette sensation particulière d’un échange suivi avec une lectrice, un lecteur. 

 

Je termine cette lecture profondément émue parce que je ne consens qu’aujourd’hui à reconnaître combien vous m’avez manqué. VOUS M’AVEZ TANT MANQUÉ !

 

Vous le savez peut-être, je l’ai expliqué dans ce blog, mais je tiens à le redire. Je n’ai pas interrompu l’écriture des Éveilleurs par choix. La vie en a voulu ainsi, vraiment, je ne vois pas de meilleure façon de l’exprimer.

 

Pendant 10 ans, j’ai mis tout mon cœur et toute mon énergie dans l’écriture de ce projet dingue. 10 ans de bonheur d’écriture. Et puis, il y a eu un accident. Tout a explosé, basculé du jour au lendemain.  Je ne pouvais plus consacrer aux Eveilleurs le temps absolu que cette histoire exige. Je n’en avais plus l’énergie non plus. J’ai surnagé pour rejoindre l’autre bord, me suis agrippée à des épaves, trouvé une barque, j’ai écopé et j’ai ramé. Assez longtemps. L’autre bord semblait s’éloigner sans cesse. Quant à l’écriture, elle avait coulé avec le reste. 

 

Petit a petit, j’ai reconstruit et recommencé à écrire. En vous lisant, ces deux derniers jours, tout est revenu. Les dix ans de travail acharné, la foi d’écrire, la chaleur de votre compagnie, nos rencontres sur les salons, vos visages, vos mots. J’ai alors compris que je n’avais jamais fait face au chagrin d’avoir interrompu cette écriture vitale et de vous avoir perdus en chemin. 

 

J’avais, il est vrai, d’autres peines à porter. Mais, surtout, je n’ai jamais cessé de croire que je reprendrais l’écriture de cette saga. En réalité, j’ai continué à prendre des notes, à écrire des dialogues, des descriptions, à en rêver, à y penser. Il m’était impossible d’accepter que je ne terminerai pas cette histoire. Je ne peux toujours pas l’imaginer. Alors, je suppose que, dans une sorte de déni, je me suis dit qu’il suffirait de reprendre l’écriture pour vous retrouver magiquement. Parce que, pour moi, vous êtes inséparables des personnages, de l’écriture même des Eveilleurs, vous n’avez donc jamais cessé d’être présents en moi.

 

En voyant vos noms défiler, vos messages, les dates, j’ai pris conscience du temps passé. Vous avez grandi, passé d’autres étapes de la vie, déménagé, changé d’adresses mails. Je vous ai peut-être bel et bien perdus dans les tours et détours du temps. Le temps dont on dit qu’il n’existe pas. Et pourtant…

 

Je vous voulais vous demander pardon si vous avez eu l’impression que je vous ai lâchés.

 

Je voulais vous remercier de m’avoir lue et accompagnée.

 

Et puis, parce que finalement tout cela se résume à un seul mot, je voulais vous dire que je vous aime.

 

Gardez-vous bien !

P.A.

 

P.S. Petit à petit, je reçois des réponses. Tom, Natacha, Valériane, Benjamin, Marie, Lucile, Montaine, Juliette, Ludmila, Noémie, Luciana… Quelle joie de vous lire !

 

Laetitia, Juliah, Alicia, Leela, Lena, Iris, Olivia, Alexia, Alice (lizly), Stéphie, Léo, Max, Marion, Gabrielle, Elisabeth, Bénédicte,  Pauline… Où êtes-vous? 

 

Anouk, Cyril, Delphine, Lyra, Gwen, Brit, Alex, Lauraline, Ida, Alix, Maïwenn, Jérémy, Léna et tous les autres… Écrivez-moi…

P.S.2

Oui, hommage discret à Maxime le Forestier :)

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 11:15
JOURNAL D'UNE NOMADE DE L'ÉCRITURE. LES PETITS PAS. JOUR 13.

Lectrices, Lecteurs, je vous salue !

 

Au fil des livres, des salons, des échanges, j’ai eu le bonheur de tisser avec certaines lectrices et certains lecteurs des relations privilégiées qui ne sont pas l’un des moindres cadeaux de ce métier.

 

Aujourd’hui, j’ai reçu un livre par la poste, présent d’une lectrice que j’aime. Je ne connaissais pas l’auteur, Maxence Fermine. Un tout petit livre dont étrangement toutes les pages ne sont pas numérotées.  Je l’ai lu d’une traite et, comme son titre « Neige », il a ébloui ma journée. Plus que ça, il m’a rappelé pourquoi j’avais choisi la voie de l’écriture. Le « pourquoi » essentiel, celui qui vibre dedans, avant, toujours. Celui de mes 10 ans, de mes 17 ans et, peut-être, de mes vies antérieures.  

 

Un texte si simple, si complexe, si blanc, si intense, si lumineux, si limpide, si affûté. De ceux qui mène au parfait silence intérieur, ce lieu où tout est à sa place. Il dit le temps de l’amour et le temps de l’écriture qui n’est autre que celui de la vie.

 

Merci à Maxence, merci à toi, généreuse lectrice !

 

Portez-vous bien, funambules, sur le fil de l’existence…

P.A.

« En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Écrire, c’est avancer mot à mot sur un fil d beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus d’aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe. »

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 18:12
JOURNAL D'UNE NOMADE DE L'ÉCRITURE. LES PETITS PAS. JOUR 12.

Lectrices, Lecteurs, je vous salue !

 

J'ai écrit le JOUR 11 du Journal d'une Nomade de l'Écriture en mai 2018. 

Le temps va comme il veut et non comme nous aimerions qu'il aille.

Qu'importe ! Aujourd'hui, je reprends ce blog grâce à une réjouissante et émouvante conversation avec Tom, lecteur historique des Éveilleurs. Entre autres, nous avons parlé de la temporalité de l'écriture, du temps capitaliste qui nous grignote, de ci et de ça... C'est Tom qui m'a donné envie de reprendre le blog quand il a parlé de son lien affectif avec ce lieu d'échange. Alors, bien qu'il soit plutôt moche —le blog, pas Tom ! — et pas du tout à la hauteur de la qualité de mes lecteurs, il a le mérite d'exister et je suis curieuse de voir combien d'entre vous me feront signe. 

Et puis, 94 articles, 53 344 visites et 117 120 pages vues, ce n'est pas rien :)

Au fil de ce journal des petits pas, je partagerai des instants de vie, de temps, de réflexions sur l'écriture et le processus créatif, la lecture. Il serait mensonger que je vous promette des articles réguliers, vous l'aurez compris. J'écrirai de temps en temps, peu ou prou.

Faites-moi signe si cela vous intéresse.

Faites-moi signe tout court.

Vous me manquez tant...

 

*****

Lire pour être.

A Tom,

celui-ci est pour toi...

 

   Je ne me souviens pas de mon apprentissage de la lecture. Seulement de rentrer de l'école un jour et déclarer :

- « Ça y est, je sais lire ». 

- « Ah bon ? Alors qu’y a-t-il écrit sur cette bouteille? » 

 

Je me souviens d’une sensation de fébrilité, d’un sentiment de responsabilité et de la fierté quand j’ai été capable de déchiffrer l’étiquette de la bouteille de vin.

 

Je ne me souviens pas de quelque chose d’approchant quand l’ai commencé à tracer des lettres. Pour l’écriture, les émotions ne sont pas venues avec la calligraphie mais avec l'écriture de fiction (déjà), un peu plus tard, vers 10 ans. En revanche je me souviens de la concentration, de l’effort pour ne pas faire de pâtés avec l’encre, des cahiers soignés. Un de mes premiers souvenirs d’enfrance (SIC) est la carafe d’encre avec son bec verseur et la trouille d'en renverser quand c’était mon tour de remplir les encriers. Un de mes premiers textes parle de ce sentiment de responsabilité.

 

J’avais toujours envie de lire. On me le permettait, on me le facilitait, on le comprenait. Alors, je lisais.

 

 Je ne me souviens pas de livres pour « petits ».  Je me souviens tout de suite de « L’Iliade et de l’Odyssée » dans la collection "Contes et Légendes", de poésies et de romans pour la jeunesse. Mon argent de poche (5 francs) passait tout entier dans les livres que j’achetais au Bureau de Tabac de mon quartier qui faisait office de librairie. Bibliothèque Verte, Rouge et Or et surtout Safari Signe de Piste C’était loin, j’allais à pieds. J’avais lu un tiers du livre en arrivant à la maison. L’argent de poche n’y suffisait pas. 

 

Alors, ma mère m'a inscrite à la bibliothèque de quartier. C’était encore plus loin, il y avait une grande côte à monter. Mais je pouvais prendre trois livres à la fois et cela valait tous les sacrifices. Et puis, j’ai aussi vidé la bibliothèque du quartier. Donc, je relisais.

 

Enfant, jusqu’à 13 ans, jusqu’à ce que je parte au Brésil, j’avais un meuble en bois qui faisait le tour de mon lit. Sur le côté, se trouvaient des cases et des étagères pour y mettre des objets. Derrière ma tête, des étagères pour les livres. Ma bibliothèque se trouvait là, derrière ma tête, tous mes livres alignés, rangés par affinités. Quand je n’avais rien de nouveau à lire, je piochais dans ma bibliothèque, au hasard. Je trichais un peu parce que je reconnaissais le livre à sa taille, son épaisseur, la texture e la couverture. Mais quand même, je piochais au hasard, puis je l’ouvrais les yeux fermés, à n’importe quelle page et je commençais à lire. Cela provoquait une sensation d’excitation, de suspens et de retrouvailles. Je connaissais ces livres, je les aimais, j’allais à leur rencontre comme on va à la rencontre d’un amoureux.

 

Puis, je suis repartie au Brésil. Entre 13 et 16 ans, j’ai exploré la bibliothèque du lycée Pasteur au Brésil. On ne trouvait des livres en français qu’à la bibliothèque du lycée et à la très chère Librairie Française. Alors, j’ai commencé à lire aussi en portugais. Je l'ai fait de façon organisée, maniaque. Quand j’aimais un auteur, quand j’avais cette sensation d’avoir accès à un nouveau monde, je lisais tous ces livres. Tout Virginia Woolf, tout Fernando Pessoa, tout Guimarães Rosa, tout Italo Calvino etc.

 

Entre 8 et 20 ans, je lisais tout le temps, je lisais comme on découvre, comme on apprend, comme on plonge, comme on nage, comme on se noie parce qu’on sait qu’on va être sauvée (l’histoire va se terminer). Je lisais pour être sauvée. Pour être consolée. Pour sortir du temps. Pour retrouver le temps. Pour rire, pour pleurer. Pour être ailleurs. Pour être.

 

Que la lecture vous soit fertile ! 

Prenez soin de vous

P.A.

 

 

 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 16:28

Le vent du changement

 

3 MAI 2018

     Le 7 septembre 2017, j'écrivais ici: "C'est peut-être le dernier automne sur ces terres, dans cette maison, le dernier livre écrit dans cette cabane. Peut-être... Moins qu'une volonté, c'est le parfum des adieux que je sens. La sensation avant la décision. Faire ses adieux est un art délicat. Au moment de quitter ce que l'on connaît, ce qu'on laisse derrière soi paraît plus rassurant qu'il ne l'a jamais été."

 

     Le 1er février 2018, j'ai déménagé. Pas dans une autre ville ni dans un autre pays. A quelques kilomètres seulement de la maison où j'ai vécu quatorze ans. Ce fut pourtant un grand déménagement. Parce qu'il a clos un chapitre, que dis-je, plusieurs volumes de vie.

 

     Je n'écris plus dans la cabane. Je mentirais si je disais qu'elle ne me manque pas. Une mélancolie parfois. Alors, je lève les yeux depuis ma table de travail et je m'ancre dans le présent. Dans le ciel passent les oiseaux et les avions que les arbres de Judée éclaboussent de rose, le frêne balance ses branches amicalement, sur la pelouse en bas les chats bondissent. Tout va bien.

 

     Ce déménagement donc n'était pas uniquement un changement de lieu. Le vent du changement souffle. Parfois, je suis aux manettes de la montgolfière. D'autres fois, je regarde les paysages se succéder à une vitesse stupéfiante. Ou bien, encalminée, j'attends que le souffle reprenne. Il faut être fou pour vouloir commander aux vents.

 

     Entre un coup d'aquilon et un coup de zéphyr, je trace de nouveaux chemins de Nomade de l'Ecriture. Je coache des personnes qui écrivent ou veulent écrire. J'ai le bonheur aujourd'hui d'accompagner différentes personnes (adolescents, jeunes adultes et adultes) dans leurs processus d'écriture. Il s'agit de permettre à chacune de trouver sa voix, d'exprimer sa créativité, d'oser la vivre. Je partage ma passion, mes outils et mon expérience. C'est un chemin fabuleux, serpentant parmi les forêts, les grottes, les lacs, les horizons de chacun. Les résultats sont jubilatoires. Je vous en dis plus dans le prochain article.

 

     Pour ceux qui m'écrivent et me demandent des nouvelles de Les Eveilleurs (merci de le faire !), sachez que là aussi les choses bougent. Je suis dans l'écriture du tome 6 et j'espère vous en dire bientôt plus sur la publication du tome 5.

 

     Par ailleurs, La Vraie Vie de l'Ecole paraît en septembre chez Nathan. A l'automne, je compte reprendre mon bourdon de Nomade des salons.

Désormais, je donnerai des nouvelles de mes activités professionnelles sur la Page FB Pauline Alphen, réservant le compte aux messages personnels. Abonnez-vous !

 

    Prenez soin de vous, donnez-moi de vos nouvelles, marchons ensemble!

P.A

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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 10:47

7 décembre 2017

Jour 10

 

                                  Follow your bliss !

       Ça caille! Le givre crisse sous mes pas, tandis que je vais allumer le chauffage dans la cabane glacée. Mais le soleil est là. Vraiment, le soleil fait toute la différence.

       En  attendant que la cabane se réchauffe, j'entends Keneth Branagh à la radio dire "Hercule Poirot voit la vie comme elle devrait l'être." J'ignorais que Poirot et l'Odalisque étaient si proches! Voir la vie comme elle devrait l'être (on pourrait discuter sur ce "devrait": devrait pourquoi, devrait pour qui etc.) ce n'est pas du déni mais de l'optimisme. Et l'optimisme est un muscle qui se travaille. Certes, les prédispositions sont des auxiliaires précieux mais les meilleurs athlètes sont surtout les plus tenaces. L'optimisme c'est suivre sa vision intérieure, la voix qui murmure en nous: c'est ça que tu veux faire, là que tu veux aller, c'est ce qui te rend heureuse, ce qui fait sens pour toi. "Follow your bliss", disait le grand Joseph Campbell.

       Tous les jours, en traversant le jardin, j'exerce mon optimisme. C'est moins du courage que de l'attention et de la persévérance. C'est assez simple en réalité: si, depuis que j'ai 10 ans, poser un stylo sur un papier pour inventer une histoire, me téléporte dans un état de bliss où la vie est exactement comme elle doit être, si écrire abolit le temps mieux qu'un vaisseau spatial, si cela me fait voir et entendre des choses fabuleuses sans prendre de drogue, pourquoi ne le ferais-je pas? Ça, c'est une affirmation réaliste.

        A cela on peut répondre: il ne suffit pas d'aimer ce que tu fais, il ne suffit pas de le faire bien, tu dois gagner ta vie, la précarité menace, es-tu sûre que ce que tu écris est bon, et si tu ne trouves pas d'éditeur, et si les lecteurs ne sont pas au rendez-vous, est-ce que les gens lisent encore, est-ce que ça a un sens d'écrire de la fiction aujourd'hui etc. Ça c'est également la réalité.

        Mais quand la seconde affirmation assombrit la première, la met en doute au point de faire chanceler un vérité personnelle indéniable, alors il est temps de sortir les armes, de fourbir ses muscles et d'exercer l'optimisme : allumer le chauffage dans la cabane et travailler. Se mettre au travail est, pour moi, la meilleure réponse, l'imbattable bouclier. Les moments les plus difficiles, les doutes les plus entêtés, les angoisses les plus boueuses, sont vaincus par le travail. Écrire de la fiction est un acte d'optimisme.

        Je vais donc de ce pas plonger dans le troisième chapitre où je retrouve Tierra l'Engrillagée et Ellel sur les routes, accompagnées de... Attendez, je ne suis pas sûre encore... Il faut que je regarde dans la carriole car je crois que quelqu'un y dort. Oui, en effet... Tiens ! Lui? Mais que fait-il là?

Belle journée d'optimisme à vous !

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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 11:53

6 décembre 2017

Jour 9

 

     D'accord, j'ai manqué à mon engagement de tenir un journal quotidien de l'écriture des Eveilleurs. J'y ai cru à fond pendant huit jours. Avant de réaliser que je ne pouvais que tenir ce journal comme j'ai tenu tous les autres: selon le rythme intérieur. Dans un journal, on écrit parfois tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, parfois on n'écrit pas. Comme un récit, comme la vie, un journal est aussi tissé de silence, de vide conscient, de temps.

     C'est une explication dont j'ai déjà usé mais elle est sincère : je n'ai pas écrit parce que j'écrivais. Le fleuve des Eveilleurs m'a happée tout entière. J'aurais dû m'en douter. Et vous aussi :)

     Des semaines sont passées dans les plans et les scénarii, les notes, la relecture des différents volumes. J'ai eu la sensation de piétiner, de glisser, de m'enfoncer. J'ai toujours cette sensation quand j'attaque un nouveau tome des Eveilleurs: que je m'attaque à quelque chose de plus grand que moi. C'est peut-être vrai de tout élan de création nécessaire: plus grand que nous et en nous. Je sais, aujourd'hui, que ce sont des étapes qu'il faut accepter d'égrener, elles construisent le travail. Pour ce tome 6 en particulier, il y a aussi le défi lancé par l'éditrice. Toujours intéressant d'essayer de se servir des contraintes pour gagner en liberté.

     Au fil du travail, les dialogues ont surgi sur le clavier, les personnages ont colonisé les jours et les nuits. Soulagement du retour de la narration. Premier chapitre amorcé. Pour me rendre compte qu'il s'agissait plutôt du second chapitre. Pendant que je n'écrivais pas ici, j'étais comme et avec Blaise dans sa grotte: méditation, notes sur la paroi, jeûne (lui, pas moi), réflexion, structuration, dialogue éclairé avec Athéna. Je viens de passer 15 jours avec Blaise dans sa grotte pour écrire un chapitre qui sera lu en quelques minutes. Beau  ! Quand le Mandarin est enfin sorti de la grotte, le récit avait retrouvé son flux, cette musique qu'il faut à la fois écouter jaillir et façonner.

     J'ai initié ce blog en 2010 avec une idée en tête: prendre contact avec les lecteurs qui ne comprenaient pas pourquoi ils devaient attendre pour lire la suite de l'histoire, leur dire en quoi le temps de l'écriture et de la lecture étaient différents, les prier de prendre la lecture en patience.

     Il y aura ainsi des accélérations, des piétinements, des fulgurances et des doutes. Et cette sensation frissonnante chaque matin: traverser le jardin dans le Temps Blanc, entrer dans la cabane et retrouver ce fleuve mystérieux, être à la fois la barque, le pilote et les flots. Et espérer, à travers la brume et la nuit du Temps Blanc, la promesse de lecteurs à l'horizon.

      Pardon à ceux qui se sont inquiétés de mon silence. Merci de l'avoir dit, de toujours m'accompagner.

      Prenez soin de vous en ce Temps Blanc, ce temps de passage !

 

P.S.  Le calendrier 2007, épinglé dans la cabane pendant l'écriture du premier tome des Eveilleurs, y est toujours. Athéna endormie.

 

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 21:33

25 septembre 2017

Jour 8

     J'ai commencé ce blog des Petits Pas en disant que la façon dont les artistes travaillaient et parlaient de leur quotidien m'a toujours intéressée. Je suis allée piocher ces livres dans ma bibliothèque. Ou plutôt dans les diverses petites bibliothèques organisées "par langue" (écrivains français, lusophones, anglophones, italiens, hispanophones etc.) ou par thèmes d'intérêt (poésie; Iliade et Odyssée/Grecs; Merlin/Table Ronde; lecture/écriture; mémoire; temps etc.). Il y a les livres du couloir, ceux de la chambre, ceux de la cabane.

     En cherchant ceux qui parlent de l'écriture, j'ai été prise d'une furieuse tentation de tout réorganiser. Tentation à laquelle j'ai fort heureusement résisté. Je garde cette activité pour une période où j'aurai besoin d'injection de bonheur immédiat. Organiser, ouvrir, humer mes livres est comme revenir dans ma maison d'enfance et redécouvrir des pièces, des passages, des souvenirs. Mais c'est une autre histoire...

 

     Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un livre, enfin deux, bref... Avant de décider de réunir les livres qui parlaient d'écriture, je cherchais un livre en particulier. "Seis propuestas para el milenio." Un livre d'Italo Calvino que j'avais découvert dans une librairie à Barcelone et lu en espagnol. Le volume réunit six conférences écrites en anglais  que Calvino s'apprêtait à donner aux Etats-Unis ("Six memos for the next millennium") quand il est décédé. La très belle édition espagnole (Ediciones Siruela) reproduit une page manuscrite écrite par Calvino:

1. Lightness; 2.Quickness; 3. Exactitude; 4. Visibility; 5. Multiplicity; 6. Consistency.

     Le mot "Consistency" est à demi effacé. Calvino n'a jamais écrit la sixième conférence. "Consistance" reste transparente et inachevée.

J'ai lu la première conférence, "Levedad", la première fois en 1989, elle m'avait tellement marquée que je n'ai jamais pu aller au-delà. Chaque fois que je reprends ce livre, je relis "Levedad".

     Je décide de me procurer le livre en français et découvre que le titre est devenu "Leçons américaines". Leçons !? Mais pourquoi? Le titre original est tellement plus intéressant.

     Internet et les livres étant ceux qu'ils sont, je lis un bel article de François Bon (son blog est une mine!) sur le livre de Calvino et j'y pêche le titre d'un autre livre : "Manuel d'écriture et de survie" (Ed. Seuil). Ce que je lis est alléchant. Je ne connais pas l'auteur. Je le commande.

 

     Le petit livre à couverture rouge de Martin Page est arrivé en début de semaine dernière. Dès les premières lignes, j'ai su que ce serait un de ces livres qui accompagnent. Je l'ai économisé. Me forçant à n'en lire que quelques pages par jour, le matin, avant de me mettre au travail. C'était parfait, la lecture de Page inaugurait la journée de travail de la meilleure manière qui soit. J'ai souligné, dessiné des sourires, des exclamations, des "oui", des interrogations. Avec la merveilleuse sensation d'être d'accord et de ne pas être d'accord. De trouver des échos et des différences. Celle de dialoguer. Je pourrais en citer de nombreux passages parmi lesquels je choisis ceux-ci:

 

     "Quand on écrit pour les enfants, on écrit d'abord pour soi... Ensuite, on découvre qu'on écrit pour les enfants qui ne sont pas écoutés. On les fait rire, on les étonne, on entretient leur enthousiasme (et le nôtre), on leur donne des nouvelles de l'avenir, et sans doute essaye-t-on de les préparer à l'affronter. On donne aussi des conseils à l'enfant et à l'adolescent qu'on était. On lui dit qu'il n'est pas seul (un des seuls dialogue possibles est le dialogue avec le passé) [...].

Les livres pour enfants sont des livres pour adultes. C'est logique, ils ont été écrits pas des adultes. Les enfants les lisent, ce qui prouve leur ouverture d'esprit et leur intelligence, mais les adultes devraient aussi se les approprier. Ne pas le faire, c'est passer à côté d'une part importante de la littérature. [...] "

 

     Merci, Martin Page !

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 10:01

 

18 septembre 2017

Jour 7

 

Les épreuves se suivent et ne se ressemblent pas. J'ai reçu aujourd'hui celles de LA VRAIE VIE DE L'ÉCOLE, le prochain roman à paraître chez Nathan.

 

Enfin, "prochain"... La parution est prévue pour septembre 2018. Un an, donc, entre ces premières épreuves et l'arrivée en librairie. Le temps des livres, de temps de la vraie vie.

 

"Épreuves". Je ne me souviens pas d'entendre un collègue dire qu'il aime cette tâche. Peut-être parce que les corrections d'épreuves sont, pour l'écrivain, la dernière phase de travail sur le texte. Ce qu'il modifiera restera. Après, il sera trop tard pour se dire "j'aurais dû..", "il aurait mieux fallu...".

 

C'est la première étape du voyage extérieur. Après avoir été un voyage intérieur pendant longtemps, jusqu'à ce que je le sente en accord avec cette musique que j'entends dans ma tête quand j'écris, il s'agit de lâcher le texte, le pousser enfin vers ceux à qui il est destiné. Tout est désormais possible. Que cette musique résonne chez le lecteur. Qu'il la fasse sienne. Qu'elle ne résonne pas. Qu'elle sonne faux. Une fois le bateau lancé, aucune prise sur ce mystère. Allez commander à l'océan et aux vents!

 

Après avoir écrit le texte et avant de le lâcher, il y a la préparation de copie par l'éditeur et les corrections d'épreuves. L'écrivain reçoit son texte annoté puis corrigé —ce mot !— Il va alors relire plusieurs fois son texte tamisé par ces filtres extérieurs. Lire son texte avec l'œil critique aiguisé, ne pas se laisser bercer par les chants de ses propres sirènes. Prendre de la hauteur, mettre à distance ce qui a été porté intimement pendant si longtemps. Le lire comme un lecteur extérieur. Lire ce qui est écrit et non ce qu'on a voulu écrire. Presque impossible. C'est le moment de laisser entrer dans la barque d'autres regards, d'autres lectures, celles des éditeurs, de la correcteurs.

 

L'éditeur est le premier lecteur. Son œil professionnel est censé —aussi— repérer les incohérences, traquer les répétitions, pointer le flou, poser des questions dérangeantes. Un travail délicat, périlleux. A chacun ses sirènes. L'éditeur est la première épreuve de l'odyssée du texte.

 

Je déchire l'enveloppe blanche où une main a écrit "URGENT" et feuillette le manuscrit annoté. L'éditrice a posé ici et là des marques pour souligner les passages qui l'avaient touchée. Elle a dessiné quand elle a aimé, écrit quand un passage posait question. L'épreuve s'adoucit. Forte des sourires, je peux lire les remarques. Elles sont justes, elles servent le texte. Déjà, cela me titille de voir comment je vais faire bouger ci ou modifier ça. Quand une observation sert le texte, nul besoin de réfléchir pour le savoir, je le sens. Au lieu d'être angoissante ou pénible, la critique devient excitante et enrichissante.

Je lis les observations et les signes comme si je lisais la lecture de la lectrice. Lire par dessus l'épaule des lecteurs est un privilège rare. Une éditrice enthousiaste, une bénédiction.

 

Les jours prochains, LES ÉVEILLEURS en veille, je me consacre à LA VRAIE VIE DE L'ÉCOLE. J'ai préparé le terrain en faisant provision de noix et de noisettes ­ —ces dons des arbres­ gagnés à la course ave l'écureuil. Je dissiperai les doutes en cassant les coquilles avec ma vieille tête de marteau sans manche. Et la chair blanche, à la fois tendre et encore amère, viendra nourrir l'écriture. Hissons les voiles !

P.A.

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